Portraits

Photo Elliott Erwitt Née en 1908 dans un milieu catholique bourgeois, Simone de Beauvoir reçoit une éducation morale et religieuse traditionnelle, mais rejette bientôt ces enseignements et se déclare athée dès l'adolescence.
Studieuse et décidée, elle obtint des diplômes en littérature, grec, latin et mathématiques, puis s'inscrit à la Sorbonne pour y poursuivre des études de philosophie. C'est là qu'elle rencontre Paul Nizan, et surtout Jean-Paul Sartre, et obtient en même temps qu'eux son agrégation de philosophie, à l'âge de 21 ans (la plus jeune agrégée de France de l'époque). Nommée professeur de philosophie, elle enseigne à Marseille, Rouen puis Paris (elle quittera l'Education nationale en 1943).
Sa rencontre avec Sartre est décisive : ils nouent une relation intellectuelle et affective qui durera toute leur vie. L'existentialisme, les engagements politiques, les "amours contingentes", les oeuvres, tout est discuté, partagé.
Elle publie en 1943 son premier roman, L'Invitée. En 1945, elle fonde avec Sartre et d'autres intellectuels, la revue Les Temps Modernes.
Puis vient Le deuxième sexe en 1949, qui pose les bases du féminisme. Dans cet ouvrage fondateur, Simone de Beauvoir dénonce l'aliénation des femmes par les hommes et prone l'émancipation et la liberté. A la fois étude scientifique, historique et sociologique, le Deuxième sexe déconstruit le discours séculaire d'infériorisation de la femme et suggère une « égalité dans la différence ». Les milieux bien pensants de l'époque crient au scandale, avec une virulence hors du commun, mais l'ouvrage est une bouffée d'air pour des milliers de femmes qui peuvent dès lors élever la voix.

Simone de Beauvoir est également une grande voyageuse. Elle veut tout voir, tout savoir : Etats-Unis (où elle vit une histoire passionnée avec Nelson Algren), Afrique, Europe, Chine, Cuba, Brésil. Ces rencontres donnent lieu à de nombreuses réflexions et travaux.
En 1954, elle obtient le Goncourt avec Les mandarins, roman sur un groupe d'intellectuels au lendemain de la guerre. Elle se penche alors sur son passé et livre son propre témoignage : ce sont les Mémoires d'une jeune fille rangée en 1958. Suivront La force de l'âge (1960) et La force des choses (1963).
Les années 60-70 marquent l'engagement politique : l'Algérie, le Vietnam, mai 68, le combat pour la libération des femmes. En 1969, elle participe à la création du journal Libération, mais n'abandonnent pas son oeuvre pour autant et publie de nombreux essais et quelques romans.
Mais en 1980, celui "qui ne peut se concevoir sans Beauvoir" disparaît. Celui qui "était le double en qui [elle se] retrouvait (…). Avec lui, [elle] pourrait toujours tout partager" n'est plus à ses côtés.
Elle n'écrit plus qu'un seul livre, hommage à son "très cher mari bien aimé" : La cérémonie des adieux, avant de le rejoindre en 1986.

Simone de Beauvoir, notre "mère spirituelle", a été une femme libre et rebelle. Avide de bonheur, elle voulait tout connaître, tout voir, tout faire.
Complexe, ambiguë parfois, elle a été à la fois philosophe, intellectuelle, romancière, mémorialiste, essayiste, féministe, femme.


Bibliographie

- L'invitée. Gallimard, 1943.
- Pyrrhus et Cinéas. Gallimard, 1944.
- Le Sang des autres. Gallimard, 1945.
- Les bouches inutiles. Gallimard, 1945.
- Tous les hommes sont mortels. Gallimard, 1946.
- Pour une morale de l'ambiguïté. Gallimard, 1947.
- L'Amérique au jour le jour. Morihien, 1948.
- Le deuxième sexe. Gallimard, 1949.
- Les mandarins. Gallimard, 1954.
- Privilèges. Gallimard, 1955.
- La longue marche. Gallimard, 1957.
- Mémoires d'une jeune fille rangée. Gallimard, 1958.
- La force de l'âge. Gallimard, 1960.
- Djamila Boupacha. Gallimard, 1962.
- La force des choses. Gallimard, 1963.
- Une mort très douce. Gallimard, 1964.
- Les belles images. Gallimard, 1966.
- La femme rompue. Gallimard, 1968.
- La vieillesse. Gallimard, 1970.
- Tout compte fait. Gallimard, 1972.
- quand prime le spirituel. Gallimard, 1979.
- La Cérémonie des adieux ; (suivi de) Entretiens avec Jean- Paul Sartre. Gallimard, 1981.

Photo Elliott Erwitt.


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Olympe de Gouges est connue pour ses pièces de théâtre, ses pamphlets, et surtout son engagement durant la Révolution, notamment avec sa Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne.

De son vrai nom Marie Gouze, née en 1748 à Montauban, elle est la fille illégitime de Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, président de la Cour des Aides, conservateur et grand ennemi de Voltaire. Elle apprend à lire et écrire le français – l’Occitan est sa langue natale – à l’école des Ursulines de Montauban ; ce manque d’instruction la fit souffrir toute sa vie.

Elle se marie à seize ans, a un fils, mais son époux meurt l’année suivante et c’est pour elle la fin d’une période. Marie Gouze devient Olympe de Gouges, s’installe à Paris et exerce le métier de « femme galante ». On la dit belle, vive et intelligente : elle est « l’explosion, l’exubérance et la provocation en personne ». (E. Lairtullier, Les femmes célèbres de 1789 à 1795).

Une dizaine d’années se passe à chasser les plaisirs au milieu de l’aristocratie et des grands esprits de l’époque. A les fréquenter, Olympe de Gouges s’éprend de théâtre et de politique, et l’âge aidant, elle abandonne les plaisirs et les amours éphémères pour se vouer à l’écriture.

La conversion est difficile et majoritairement incomprise.

Elle écrit de nombreuses pièces de théâtre qui sont tour à tour refusées ou éreintées. Mais ce n’est pas sa prose qui est la cible des quolibets… c’est son statut de femme !

La pièce politique qui la rendit célèbre, par un énorme scandale, est L’esclavage des noirs, publiée en 1792. L’égalité des races est un combat qu’elle mena très tôt (Réflexions sur les hommes nègres en 1788) en rejoignant notamment la Société des amis des Noirs, aux côtés de l’Abbé Grégoire.

Cette expérience au théâtre lui a apprit la difficulté d’exister intellectuellement en tant que femme, et lorsque la Révolution éclate, elle se lance à corps perdu dans le combat pour l’égalité : elle écrit des chroniques, des pamphlets, des pancartes, des objections, tente même de créer son journal, sans oublier sa Déclaration.

Politiquement très modérée, elle prône un pacte entre la monarchie et la démocratie ; ce qui lui valut les foudres de Robespierre et sa décapitation, en 1793.

Si elle fut très active et audacieuse pendant la Révolution, Olympe de Gouges s’est toujours opposé à toute forme de guerre et n’a jamais pris les armes. Trop en avance pour son temps, elle est restée seule, rejetée par les femmes elles-mêmes. Mais elle est celle qui a osé, envers et contre toutes et tous, a osé écrire la Déclaration des Droits de la Femme.

 

A lire :

- Sophie MOUSSET. Olympe de Gouges et les droits de la femme. Paris, Pocket, 2006.

- Olivier BLANC. Marie-Olympe de Gouges. Une humaniste à la fin du XVIIIe siècle. Paris, Viénet, 2003.

- Paul NOACK. Olympe de Gouges, Courtisane et militante des Droits de la Femme. Paris, de Fallois, 1993.


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Julie-Victoire Daubié est la première française à avoir été admise bachelière.

Née dans une famille de la petite bourgeoisie vosgienne, elle reçoit une éducation religieuse assez primaire et c’est son frère, abbé, qui lui enseigne le latin et le grec. Elle obtient en 1844 son certificat de capacité qui lui permet d’enseigner, et devient institutrice.

Elle demande alors à se présenter à l’épreuve du baccalauréat, jusque là réservé aux hommes. Le refus est catégorique. Elle s’obstine et réitère plusieurs fois sa candidature, notamment à la Sorbonne. Pour motiver son action, elle argue qu’aucune loi n’interdit aux femmes de se présenter.

Mais ce n’est qu’à l’âge de 37 ans qu’elle est enfin autorisée à passer l’examen du baccalauréat es-Lettres, qu’elle passe avec succès le 17 août 1861 à Lyon. Il lui faudra encore attendre une année pour obtenir son diplôme ! Le ministre de l’Instruction publique de l’époque, Gustave Rouland y était farouchement opposé, et c’est l’Impératrice Eugénie qui du intervenir pour que le ministre consente à le signer.

Très concernée par les inégalités sociales et les injustices de toutes sortes, elle choisit de devenir journaliste, se rapproche de Marie d’Agoult, et se bat pour le droit de vote et les conditions de travail des femmes. Elle est également l’auteur de La femme pauvre au XIXe siècle, une des premières études de la condition sociale de la femme, écrite par une femme.

Elle reste évidemment dans les mémoires pour avoir été la première bachelière de France, mais son engagement et ses combats ont été précieux.



A consulter :

- Gilles Laporte, Julie Victoire : Première bachelière de France. Editions Eska, 2007.
- La femme pauvre au XIXe siècle.
Paru en 1866 et 1869. Réédité en 1993 par Indigo et Côté Femmes.

 



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© Sipa Elisabeth Badinter est née Bleustein-Blanchet en 1944 à Boulogne-Billancourt.
Philosophe, féministe, spécialiste du XVIIIe siècle et en particulier de la philosophie des Lumières, elle est également une femme engagée à gauche qui s’exprime régulièrement sur la place des femmes dans la société (intervention lors de l'annulation du mariage par le tribunal de Lille en mai 2008) et le concept de laïcité (lors du procès de Charlie Hebdo).

Son féminisme est basé sur l’égalité et la complémentarité des sexes : « L’égalité dans la différence, c’est-à-dire la symétrie, n’est pas seulement un slogan féministe. C’est peut-être même pour avoir fait fi de cette symétrie que la chute du patriarcat, dans les sociétés démocratiques, entraîne avec elle celle du modèle complémentaire » (L’un est l’autre, p. 13). C’est en abandonnant la lutte du pouvoir et le désir de domination que l’on peut espérer instaurer un nouvel équilibre.

Cette position l’oppose à nombre de mouvements féministes qu’elle juge trop radicaux.

Elle a été abondamment attaquée lorsqu’elle s’est élevée contre la loi sur la parité et la politique des quotas, ou lors de la parution de son ouvrage Fausse route, dans lequel elle rejette notamment la victimisation des femmes (féminisme à l’américaine), qui ne peut qu’entraîner la discrimination et l’inégalité.

Pour Elisabeth Badinter, il faut revenir aux fondamentaux « liberté » et « égalité » si l’on veut vivre en harmonie et non plus les uns contre les autres :

« Notre finalité est une meilleure entente entre hommes et femmes. Pour continuer à avancer, il faut admettre que nous avons beaucoup en commun et que l’on peut tout partager ».


• Lire l'entretien avec Maud Dugrand, paru lors de la sortie de Fausse route, dans l'Humanité du 20 juin 2003.

 


Sa bibliographie

 

- Les Remontrances de Malesherbes (1771-1775). Union Générale d’édition, 1978.
- L'Amour en plus : histoire de l'amour maternel (XVIIe au XXe siècle), Flammarion, 1980.
- Émilie, Émilie, L'ambition féminine au XVIIIe siècle. Flammarion, 1983.
- L'Un est l'autre : des relations entre hommes et femmes. Odile Jacob, 1986.
- Condorcet. Un intellectuel en politique. D’Elisabeth et Rober Badinter. Fayard, 1988.
- Correspondance inédite de Condorcet et Madame Suard (1771-1791). Fayard, 1988.
- Condorcet, Prudhomme, Guyomar : Paroles d'hommes (1790-1793), présentées par Élisabeth Badinter. POL, 1989.
- XY, de l'identité masculine. Odile Jacob, 1992.
- Les Passions intellectuelles, tome 1 : Désirs de gloire (1735-1751). Fayard, 1999.
- Les Passions intellectuelles, tome 2 : L'exigence de dignité (1751-1762). Fayard, 2002.
- Simone de Beauvoir, Marguerite Yourcenar, Nathalie Sarraute. Conférence d'Élizabeth Badinter, Jacques Lassalle et Lucette Finas. BnF, 2002.
- Fausse route. Odile Jacob, 2003.
- Les Passions intellectuelles, tome 3 : Volonté de pouvoir (1762-1778). Fayard, 2007.
- L’infant de Parme. Fayard, 2008.
- Je meurs d'amour pour toi, Isabelle de Bourbon-Parme, Lettres à L'archiduchesse Marie-Christine. Tallandier, 2008.





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